Publié par Thomas Hubert le 16/6/2009 (1982 lus)
Ne Touchez pas à Caïn, membre de la Coalition mondiale, a lancé une campagne auprès des leaders d’opinion de la RDC. Le gouvernement fait de la rénovation des prisons un préalable à l’abolition.
L’association italienne Ne Touchez pas à Caïn est intervenue du 11 au 14 juin à Kinshasa pour sensibiliser la classe politique et les journalistes de République démocratique du Congo à l’abolition de la peine de mort.
Lors d’une journée de débats organisée au Palais du Peuple, les parlementaires congolais ont assuré que leur pays s’acheminait vers l’abolition et qu’un moratoire sur les exécutions serait maintenu jusqu’à ce que la peine de mort soit définitivement bannie. Emma Bonino, vice-présidente du sénat italien et ancienne commissaire européenne, a exhorté les Congolais à utiliser une "nouvelle méthodologie" incluant aussi bien le parlement et le gouvernement que la société civile pour "évoluer d’un moratoire de fait vers un moratoire légal, puis vers l’abolition". La République démocratique du Congo observe un moratoire sur les exécutions, le président Joseph Kabila laissant systématiquement les demandes de grâce des condamnés en suspens, ce qui empêche leur exécution. Les interprétations divergent quant à la constitution congolaise promulguée en 2006, qui consacre le "droit à la vie" mais n’abolit pas formellement la peine de mort. "Notre pays, à notre avis, s’inscrit dans la mouvance abolitionniste", a affirmé Upio Kakura Wapol, ministre des Droits humains, lors de la conférence organisée par Ne Touchez pas à Caïn. Il a cité la constitution ainsi que la législation récente sur les violences sexuelles qui ne prévoit plus la peine de mort pour ces crimes. "Abolition responsable" Cependant, le ministre de la Justice, Luzolo Bambi, a prévenu qu’une "abolition responsable" ne pourrait intervenir que lorsque les prisons du pays, "dans un état de délabrement avancé", seraient capables d’offrir des peines alternatives. Regardez ses arguments en vidéo ci-dessous. Liévin Ngondi, militant abolitionniste congolais de longue date et membre fondateur de la Coalition mondiale, représentait cette dernière ainsi que la Coalition congolaise et la Coalition des Grands Lacs lors de l'événement. Réagissant aux propos du ministre de la justice, il l'a appelé à aller plus loin : "Le ministre se réfère à une position exprimée dans une lettre au Secrétaire général de l’ONU de 1999. Depuis, le ministère de la justice a suspendu ce moratoire en 2002 et on a tué des gens jusqu’en 2003 ! Il n’y a pas d’abolition responsable, il n’y a que l’abolition." Des parlementaires abolitionnistes des deux pays ont ensuite pris la parole (regardez des extraits de leurs interventions ci-dessous). La députée radicale italienne Elisabetta Zamparutti, trésorière de Ne Touchez pas à Caïn, a expliqué la double démarche de son association, qui cherche à convaincre à la fois les dirigeants et l’opinion publique, à travers les médias. Elle a estimé que la situation était "mûre" pour un effort décisif en faveur de l’abolition, du fait du ralentissement du rythme des exécutions en Afrique en général et en RDC en particulier depuis plusieurs années. Le député congolais Nyabirungu Mwene Songa et le sénateur Léonard She Okitundu, auteurs de propositions de lois portant abolition de la peine de mort, ont pris la balle au bond. Le Pr Nyabirungu, enseignant en droit, a recommandé "l’accélération du mouvement" vers l’abolition tout en prenant en compte l’opinion publique. A ce titre, il a rappelé que la peine de mort concerne tout le monde : "Même un citoyen honnête peut être victime d’une erreur judiciaire." M. Okitundu a quant à lui affirmé que "la constitution et abolitionniste" et qu’il suffit de rendre la loi conforme à ce texte fondamental. Dans l’immédiat, il a demandé au gouvernement de formaliser le moratoire sur les exécutions et d’apporter son soutien aux prochaines résolutions de l’ONU sur ce sujet. Trois jours de formation pour 40 journalistes Lors des trois jours qui ont suivi la conférence parlementaire, Ne Touchez pas à Caïn et l’Union nationale de la presse congolaise ont organisé un atelier sur le thème de l’abolition accueillant une quarantaine de journalistes congolais. Le gouvernement italien a financé cette action, qui bénéficiait également du soutien de la télévision publique italienne RAI. Le photographe et publicitaire italien Oliviero Toscani, célèbre pour ses campagnes controversées pour la marque Benetton dont la série "We, on death row" sur les condamnés à mort américains, a partagé avec eux son expérience du militantisme abolitionniste dans les médias. Des formateurs en communication sont également intervenus auprès des journalistes, décortiquant pour eux les mécanismes mentaux qui conduisent à la prise en compte de certaines valeurs comme la valorisation du droit à la vie. Ils leur ont ensuite apporté les outils techniques (vocabulaire, méthodes de rédaction) pour favoriser l’émergence de ces attitudes parmi leurs publics. ![]() Les participants se sont montrés réceptifs au message abolitionniste : "Dès demain, on en parlera sur les plateaux des télévisions kinoises !", a assuré l’un d’entre eux. Les journalistes amenés à suivre régulièrement le problème de la peine de mort, notamment les chroniqueurs judiciaires, ont convenu de créer un réseau pour suivre collectivement les progrès de l’abolition et échanger sur le sujet. Ils ont toutefois insisté sur le besoin de moyens supplémentaires pour la création d’une campagne de communication abolitionniste coordonnée telle que la suggère Ne Touchez pas à Caïn. "La réalisation de slogans, de supports, de spots suppose un partenariat plus avancé avec nos entreprises de presse", ont déclaré plusieurs participants.
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